La démarche stratégique doit donner du sens et une dimension « temps » plus longue pour savoir où on va, comment on y va et qui on « embarque » dans cette démarche, afin que le personnel puisse enrichir et contribuer au développement de l’entreprise. La démarche stratégique n’est de toute façon jamais figée, car la mondialisation entraîne des ruptures, des itérations. Quand on veut mettre en œuvre une stratégie on est en réflexion et en apprentissage constant sur la base de l’existant. Cela suppose une prédisposition intellectuelle pour ne pas considérer que les choses sont figées. C'est ici que la notion de "dissonance" prend tout son sens (...).
La notion de dissonance est importante car lorsqu’on définit une stratégie, on fait un essai de mise en œuvre : si on va trop vite, si on manque de clarté, si on ne prend pas en compte les gens, les systèmes de valeurs, on accumule obligatoirement des handicaps. Les dissonances peuvent aussi provenir de crises et de facteurs de rupture. Aujourd’hui l’entreprise doit faire face à des crises techniques, médiatiques, elle est soumise aux ruptures que représentent Internet, la virtualisation de la réalité, les changements technologiques, l’importance de l’émotionnel, l’éclatement de la chaîne de valeur à l’échelle planétaire, etc. Ces ruptures impactent, agissent et entraînent parfois des dissonances… Il y a dissonance aussi lorsque, par exemple, on met en place une nouvelle stratégie sans adapter le système de management ou bien lorsque la culture de l’entreprise est sclérosée et que les salariés sont crispés et fermés au changement qu’introduit la nouvelle stratégie. Le manager doit réduire les dissonances les plus critiques sans pouvoir toutes les supprimer.
Si le dirigeant doit faire bouger les choses, il ne faut pas pour autant se lancer dans une boulimie de changement, il convient de respecter les rythmes supportables par l’entreprise. La notion de temps est d’ailleurs liée au secteur et au contexte. Parfois il faut introduire des ruptures - par exemple, si la concurrence produit à des coûts inférieurs de 30 %, il est nécessaire de changer - mais ensuite on doit revenir à un rythme normal. Nous sommes plutôt partisans d’adapter les choses en continu plutôt que de tout bouleverser sans cesse.
Le PDG doit aussi rester vigilant pour que les ressources humaines soient en cohérence avec la stratégie, pour qu’elles soient aussi acteurs, il doit définir les compétences dont l’entreprise a besoin, il doit adapter le système de management et donner du sens.
Si vous souhaitez en savoir plus sur la notion de dissonance, vous pouvez commander le livre Profession Dirigeant de Gérard Roth, Dunod, 2007, chez www.dunod.com ou www.amazon.fr.


Intéressante cette notion de dissonance. Pour réagir concernant la relation entre le PDG et les ressources humaines, les grands groupes ont depuis longtemps une direction stratégique des ressources humaines.
Espérons que les RH des PME seront à même d'intégrer cette dimension stratégique afin de mieux accompagner la conduite du changement avec le PDG.
Au plaisir,
Gautier Girard
Rédigé par : Création entreprise | 09 décembre 2008 à 20:42
Merci pour votre commentaire. Je suis d'accord avec vous sur le fait que les grands groupes ont en général une DRH stratégique qui devrait contribuer à limiter les effets de dissonance. J'ai pu malheureusement observé que dans bien des grands groupes, le fonctionnement en silo, avec des logiques propres aux différents services perdurait, et avec lui les dissonances, et ce malgré les discours officiels des entreprises. Le rôle des managers me semble ainsi essentiel en termes de vigilence et pour assurer la non dissonance des processus au quotiden.
Rédigé par : roth gerard | 10 décembre 2008 à 01:14
Bonjour !
Je me demandais si la notion de dissonance correspond à la mauvaise interprétation du changement, et donc à un décalage entre ce qu'entend mener le dirigeant, ou le manager chargé de conduire le changement, et les employés qui vont en être affectés ?
Comment rapprocherez-vous votre article avec les processus développés par GIOIA de sensemaking et sensegiving ? En d'autres termes, à quel moment dans l'initiation du changement interviendrait le plus souvent l'effet "dissonance" ?
Merci d'avance pour votre réponse, et bravo pour votre site, très intéressant et très riche.
Rédigé par : Joanna Zan | 17 mai 2009 à 18:07