L’éthique est devenue un vaste marché, pour les consultants certes, mais aussi pour les marchés financiers à travers les fonds dédiés et les codes de déontologie adoptés par les fonds de pension. Tout semble aujourd’hui relever de ce discours qui s’est traduit en cadre de cohérence spécifique à chaque domaine d’activité, sous-tendu par un système managérial fait de normes éthiques, d’objectifs de certification, avec son lot de démarches d’accompagnement et de formation. Mais ce vaste mouvement relève bien du discours. Malgré la pression normative des dispositifs éthiques, personne ne se sent (pour l’instant ?) véritablement lié par la nécessité de la mettre en pratique et de se dévouer en actes (…).
Au fur et à mesure de la diminution de l’influence des religions - à tout le moins en Occident - et de l’affaiblissement de la morale, le discours de l’éthique s’est développé, comme si l’humanité avait besoin pour fonctionner efficacement de définir des valeurs permettant de transcender le quotidien et de contenir la violence. Là où les principes moraux et religieux ont évolué très lentement sur plusieurs siècles, les principes éthiques doivent être en permanence réévalués, en fonction de l’avancée de la technologie et des découvertes scientifiques.
Simultanément au développement de l’éthique, on assiste en corollaire à l’affaiblissement des idéologies et des anciens systèmes de régulation sociale, à une explosion généralisée de la violence. Celle-ci concerne les Etats, comme les rapports entre entreprises ou entre individus. Ce facteur de rupture présente plusieurs caractéristiques principales : déclin des régulations institutionnelles de la violence (l’Eglise, l’Ecole, la Famille) ; incapacité des organismes de gouvernance planétaire à réguler la violence entre Etats ; éclosion de conflits régionaux centrés sur des intérêts économiques ou politiques (cf. guerres en Irak) ; généralisation des phénomènes terroristes ; la violence contre soi (suicide, scarifications, etc.) ou contre les autres vécue comme seule forme possible d’affirmation. En Occident, la violence est moins motivée par l’idéologie politique, mais il y a plus de violence gratuite et pulsionnelle.
Les conséquences de ces évolutions sur la façon dont on perçoit son environnement sont nombreuses : développement de la permissivité ; remise en question des normes sociales et des référentiels ; valorisation de la force et de la puissance au détriment du Droit ; développement de l’individualisme et difficulté de trouver un sens à la vie ; développement de l’insécurité et d’une nouvelle forme de fatalisme et de précarité de la vie (un attentat peut arriver n’importe où et à tout instant). Autant de valeurs nouvelles qui peuvent donc influencer a priori les décisions des dirigeants.
Pour en savoir plus sur l’évolution des organisations et les nouveaux rôles des managers, vous pouvez commander le livre Profession dirigeant, Gérard Roth, éd. Dunod, 2007 sur les sites www.dunod.com ou www.amazon.fr.


Vous parlez de l'Ethique comme d'un marché, mais de quelle définition partez vous ? Parler d'un marché de l'éthique n'est-ce pas justement manquer son objet ?
Rédigé par : Olivier | 19 janvier 2009 à 15:43