Le management interculturel, entre mondialisation et métissage
La mondialisation des échanges et des entreprises suppose de plus en plus pour le manager de développer une capacité de perception multiculturelle. Le manager travaillant dans un pays étranger doit connaître les codes culturels de ces pays et leur influence sur le système de management. Les questions clés du management telles que la motivation, le système de récompense et de sanction, le rapport aux sentiments ou à l’autorité sont directement liées aux fondamentaux culturels d’un pays ou d’une région. Le manager doit ainsi apprendre à transcrire ses actes et ses décisions dans le processus cognitif local, sous peine de ne pas être compris. De même, un directeur des ressources humaines ou un dirigeant au niveau de la holding d’un groupe transnational et multiculturel doivent « traduire » et adapter à chaque culture locale les principaux dispositifs de gestion, de reporting et de promotion.
Cette question de la multiculturalité se pose de plus en plus au manager contemporain, du fait de l’éclatement de la chaîne de valeur de l’entreprise au niveau mondial. Elle est souvent source d’enrichissement par la distanciation introduite par rapport à sa propre culture et par la possibilité de mieux se la réapproprier. Par ailleurs le métissage et les apports externes facilitent l’évolution de la culture et de la société.
Pour aider le manager à développer sa capacité de perception multiculturelle, de nombreux stages se sont développés ces dernières années. Mais ils sont souvent décevants et se limitent à traiter des clichés liés à la langue et à certains concepts stéréotypés, le tout dans le cadre de formules chocs de séminaires d’un ou deux jours. De telles approches peuvent se révéler plus nuisibles qu’efficaces. Il faut reconnaître qu’il n’est pas facile de traiter de sujets aussi sensibles que les différentes couches de la culture d’un pays, la structure de la langue, le mode de fabrication des valeurs, la constitution de l’identité, le rapport au symbolique, le rapport aux sentiments, au temps, à la nature, etc. Nous recommandons ainsi de choisir un cabinet conseil capable d’aborder ces divers aspects et de travailler avec le manager à intervalle régulier sur des questions et des difficultés émergeant au quotidien. Dans la mesure du possible, il est également judicieux de faire suivre de tels séminaires à des équipes des deux cultures habituées à travailler ensemble. L’argent investi dans ce domaine se révèle en général être un investissement vite rentabilisé par la compréhension réciproque développée, la diminution des tensions, la volonté de coopérer et de créer des synergies.
Nous observons aussi de nos jours un accroissement du nombre de gens qui vivent une double culture et qui ont la capacité de «switcher» de l’une à l’autre : pensons notamment aux travailleurs immigrés et à leur descendance, aux étudiants faisant leurs études à l’étranger mais aussi à toutes les personnes ayant vécu longtemps dans des pays différents (le nombre d’individus travaillant hors de leur pays d’origine va passer de 150 millions actuellement à 1,5 milliard d’ici 2020). De manière générale, il nous semble que deux phénomènes simultanés vont se produire pendant longtemps : d’une part de plus en plus de produits standardisés seront diffusés partout de manière quasi identiques, d’autre part la facilité de communiquer et de se déplacer offrira au plus grand nombre l’opportunité de découvrir la culture d’autrui. Une forme d’humanisme et une plus grande acceptation de l’autre peut en résulter à condition de ne pas en rester au niveau des clichés superficiels véhiculés par les médias et la société de consommation, mais de s’ouvrir réellement à la compréhension de l’autre.


Bravo pour ce blog qui s'enrichit d'analyses personnelles sur la diversité des problématiques du management, c'est bien l'idée d'un blog! Le sujet du management interculturel est très intéressant : comment s'intègre-t-il aujourd'hui dans les stratégies de fusions-acquisitions auxquelles les groupes peuvent-être confrontés ?
Rédigé par: Astrid de Roquemaurel | le 06 juillet 2008 à 10:31