Réunionite : un symptôme du masochisme chez le dirigeant
Qui n’a pas déjà rencontré certains managers mus par une telle volonté de bien faire qu’ils réunissent leurs collaborateurs durant de longues heures pour évoquer toutes les pistes, toutes les hypothèses, tous les scénarios possibles ? L’auteur de ces lignes a en mémoire un dirigeant qui faisait durer ces réunions fort tard, parfois jusqu’au milieu de la nuit. Elles commençaient en général le soir, car le manager considérait qu’il lui fallait d’abord régler toutes les questions importantes de la journée. Ces réunions suivaient un cérémonial inflexible et commençaient par un ou deux petits exposés introductifs par des collaborateurs proches du dirigeant, servant de prétexte à « chauffer la salle », avant l’entrée en scène du dirigeant qui parlait durant plusieurs heures, relançait par des fausses questions le dialogue avec son auditoire, et ceci jusqu’à l’épuisement.
Le besoin de puissance, mais aussi le masochisme de ce dirigeant était tel qu’il lui fallait sans cesse réinventer des dangers nouveaux, des théories complexes et des solutions que lui seul à l’évidence saurait trouver. A la sortie de ces réunions marathons, il était tellement satisfait de sa démonstration qu’il ne voyait pas la lassitude sur le visage de ses collaborateurs. Ceux-ci ne se rebellaient d’ailleurs pas, car le dirigeant n’attendait que cela, pour repartir dans une ou deux heures de discours héroïques pour chercher à les convaincre. Les plus avisés des collaborateurs se taisaient… et faisaient ce qu’ils jugeaient utile, une fois repartis.
Cet exemple met bien en lumière ce besoin du dirigeant de se préserver et de préserver ses collaborateurs, ce besoin d’équilibre et de distanciation, pour favoriser la libre adhésion de chacun dans le respect de son intégrité.


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