Certains dirigeants ont une représentation fantasmagorique de leur entreprise
Comment le dirigeant perçoit-il la réalité de son entreprise ? Cette question est importante en situation normale, elle est encore plus cruciale dans le pilotage d’une phase de changement. Or nous avons souvent constaté que certains dirigeants ont une représentation fantasmagorique de leur entreprise, loin de la réalité des pratiques du management au quotidien. Leurs décisions sont en fait influencées par leur ambition et leur personnalité, mais aussi par le projet, les rapports hiérarchiques, les indicateurs issus des systèmes d’information ou par leur plus ou moins grande proximité managériale.
L’influence du projet, de l’ambition et de la personnalité
La question du rapport avec la réalité est fortement fonction du projet et de l’ambition du dirigeant. Si celui-ci privilégie sa tranquillité, sa perception sera différente de celle du dirigeant fraîchement nommé qui veut démontrer au monde sa capacité à agir. L’influence du type de personnalité sur leur rapport au monde et sur leur perception de la réalité. Nous rappelons ci-après les principales sources d’information du manager et leur utilité pour le pilotage du changement.
Les rapports hiérarchiques
Il s’agit là bien entendu d’une des sources essentielles du dirigeant et la culture du reporting est aujourd’hui bien développée. Elle permet en général de bien connaître l’activité courante de son entreprise, mais elle donne rarement l’information suffisante sur l’état d’avancement de la démarche de changement.
Le système d’information
Grâce à la sophistication des systèmes informations et à la gestion par processus, le manager peut disposer d’une batterie d’indicateurs aux différentes niveaux d’agrégation. Là aussi, ces outils formidables très utiles dans le pilotage opérationnel, sont peu utiles au pilotage du changement. La question qui se pose souvent est celle de la surabondance d’indicateurs qui obscurcissent souvent l’horizon plus qu’ils n’aident au pilotage. Se pose aussi souvent la question de leur pertinence et de leur fiabilité (liée à la collecte de l’information).
La proximité managériale, ses avantages et ses limites
Il est communément admis que plus un manager est proche de la réalité de l’entreprise, plus il dialogue avec les divers strates d’information et plus il dispose de sources d’informations différentes, meilleure sera son intimité avec son entreprise, plus forte sera sa capacité à saisir logiquement mais aussi intuitivement son entreprise. Nul doute que la démarche du "management baladeur" a de grandes vertus, mais elle a aussi ses limites et ses effets pervers potentiels dont il faut être conscient. Elle accrédite en effet l’idée que le manager tout puissant, saura déceler au contact de la réalité ce que d’autres n’auront pas vu ou voulu lui dire. Le risque de porter atteinte à la crédibilité de sa hiérarchie intermédiaire doit ainsi être pris en compte. Il est facile d’y être attentif, tout ici est en effet affaire d’attitude de la part du manager qui se rend sur le terrain. L’autre risque réside dans la forte capacité mimétique des collaborateurs. Ils savent ce que le manager a envie d’entendre, le risque du discours convenu est ainsi réel. Le personnel de terrain est capable de tenir de tels discours à la fois pour faire plaisir, mais aussi pour «couvrir» la hiérarchie intermédiaire et éviter que celle-ci ne soit inquiétée. Cette notion de connivence du personnel de base renvoie d‘ailleurs à un système de relations de pouvoir plus complexe qu’il n’en paraît au premier abord entre les collaborateurs et l’encadrement intermédiaire.


Très intéressant votre billet, merci. Il y a potentiellement un second souci avec le "management baladeur". Paradoxalement, les myriades d'informations venant de tous services, personnes et indicateurs peuvent amener le manager... à l'attentisme et la peur de décider !
Rédigé par: Gautier Girard | le 23 octobre 2008 à 18:34