Ouvrage publié
par DUNOD

LES AUTEURS

Gérard Roth est diplômé d'HEC et du Standford Executive Program, il a exercé plusieurs fonctions de management chez EDF et Bouygues. Il est membre de conseils de surveillance en Allemagne et en Pologne.
Michal Kurtyka est de double culture polonaise et française, ancien élève de l'Ecole polytechnique, il dirige le cabinet de conseil BPI Polska spécialisé dans la conduite du changement en Europe centrale.

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14 octobre 2008

Management interculturel : Européens et Américains ne managent pas de la même façon

Le manager européen n'est pas le manager américain. Ils pensent et agissent de façon différente. Les analyses d’Alexis de Tocqueville, dans son célèbre livre De la Démocratie en Amérique, restent à cet égard d’une étonnante pertinence et permettent de mieux comprendre les différences entre les deux formes de culture. Ainsi le rapport au réel et aux valeurs est plus complexe dans la culture européenne que dans la culture américaine. Le manager européen intègre davantage d’éléments conceptuels que l’Américain mais là aussi des modulations sont nécessaires : le Français est souvent considéré comme très conceptuel, tandis que l’Allemand serait globalement plus concret, l’Anglais réalisant une synthèse entre la conceptualité et le pragmatisme. Les Américains sont plus orientés process et les Européens «finalité». Dans le même temps, la capacité à faire face à des ruptures est plus forte dans le système anglo-saxon. Globalement, la culture européenne est plus intellectuelle, plus interrogative, le doute est davantage cultivé, mais l’Européen se sent moins inquiet et moins seul que ne l’est l’Américain. Ces différences ont une importance considérable dans la manière de définir des stratégies, de les déployer, de diriger et de motiver; elles affectent toutes les composantes du management. Le tableau suivant compare les principales caractéristiques des managements à l'européenne et à l'américaine.

Tableau - Les caractéristiques de la culture européenne et américaine.

Culture européenne

Culture américaine

Rapport au collectif

·      L’histoire des sociétés européennes est celle de classes et de castes. L’individu se définit par rapport au clan féodal où le seigneur est censé protéger son vassal, mais où le vassal doit reconnaître la supériorité du seigneur.

·      La société américaine n’a pas d’héritage aristocratique, pas de legs absolutiste, c’est une société individualisée (l’individu se définit par rapport à lui-même). La perception du rapport social entre riches et pauvres est égalitaire, même si le rapport réel ne l’est pas.

·      «L’inégalité a conduit à la révolution, mais les européens ont gardé des passions peu propices à la stabilité des institutions» (Tocqueville).

·      L’état social démocratique est peu propice aux révolutions mais favorise la stabilité et le consensus, avec le risque de l’instauration d’un pouvoir central absolu.

·      Les formes de protection sociale collective, tout en étant en crise, sont très développées.

·      La protection sociale est minimale et repose principalement sur la responsabilité individuelle.

·      Les Européens attendent beaucoup de l’État qui intervient dans de nombreux domaines de la vie à travers une administration forte.

·      Les Américains n’attendent pas que l'Etat fédéral régisse leur vie quotidienne (absence de centralisation administrative).

Initiative et rapport à la hiérarchie

·      Le système de maître-serviteur procède de l’ordre social dans le système aristocratique, aujourd’hui encore en entreprise, le «chef» détient le savoir. En Europe, le système des mandarins est encore très développé (importance des titres académiques tout particulièrement en Allemagne et en Autriche, prestige des grandes écoles et des professeurs de faculté en France et en Pologne, etc.).

·      L’absence de système aristocratique a conduit à une pratique de dialogue constructif (win-win) avec la hiérarchie: le rapport salarial ou hiérarchique est un contrat librement consenti, par lequel l’individu négocie son obéissance provisoire et les limites de cette obéissance.

·      Courage entrepreneurial bridé par l’institution.

·      Le courage entrepreneurial est soutenu par la culture et par la religion.

Rapport au réel et aux valeurs

·      Les Européens, héritiers des systèmes aristocratiques, ont aussi hérité de la démesure de leur ambition et peuvent se satisfaire d’un début de réussite dans la mise en œuvre si leur «honneur est sauf». Il peut y avoir contradiction entre la réalité des faits et les valeurs.

·      La production d’inégalités symboliques par le système américain d’essence égalitaire est une cause d’inquiétude et d’envie (et crée un formidable terreau pour la société de consommation et de nouvelles formes de structuration du moi).

·      Le concept, la représentation globale du monde et l’esthétique sont plus présents dans leur diversité pour les européens.

·      L’état social démocratique conduit à une uniformisation sociale et culturelle: seul ce qui est mesurable en dollar a de la valeur.

·      Un fort besoin de comprendre le sens.

·      Cela conduit à un besoin d’objectifs précis.

·      La séparation de l’Eglise et de l’Etat est réalisée dans de nombreux pays européens et, lorsque ce n’est pas le cas, ce n’est plus déterminant dans la conduite des affaires.

·      Les valeurs religieuses des immigrants ont créé une démocratie sociale à l’origine de la démocratie politique. Le rapport au religieux est indissociable du rapport à l’Etat.

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Un autre billet passionnant... je vous adresse tous mes encouragements !

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